Dans la classe de 5e année de Valérie Brown-Tremblay, à l’École Léandre-LeGresley à Grande-Anse, la journée commence rarement de façon ordinaire. Les élèves entrent, s’installent, discutent. Certains élèves ont une tâche hebdomadaire, d’autres vont voir Debra et Darla pour s’assurer qu’elles ont tout ce dont elles ont besoin. Les deux cochons d’Inde sans poils, une mère et sa fille, ont une place importante dans la salle de classe. Ici, l’école n’est pas qu’un lieu d’apprentissage. C’est un espace vivant, sécurisant, où chacun a sa place.

Franco-Ontarienne aux racines acadiennes, Mme Valérie adopte une approche d’enseignement humaniste, centrée sur l’engagement actif des élèves et des apprentissages, qui leur sera très utile dans le monde réel. L’idée que l’école et la vraie vie ne se rejoignent pas n’existe pas entre les quatre murs de sa classe.

À Grande-Anse depuis 14 ans, son parcours n’a rien de linéaire. Plus jeune, elle n’aurait jamais pensé faire carrière en enseignement. À la suite de ses études à Toronto en anthropologie et en développement international, elle a vécu et travaillé à l’international, notamment en Afrique de l’Ouest, aux Philippines et au Nunavik. Elle sourit en constatant :

« J’ai toujours dit que c’est l’enseignement qui m’a choisie, ce n’est pas moi qui ai choisi l’enseignement », dit Mme Valérie.

Son passage comme enseignante au Nunavik a marqué profondément sa vision de l’enseignement. Elle y a appris une chose essentielle qui guide encore sa pratique aujourd’hui : chaque enfant arrive à l’école avec une histoire.

« Quand un enfant entre dans ta classe, il arrive avec son propre bagage. Parfois, il a déjà vécu des choses que moi, à mon âge, je n’ai pas encore vécues. » Pour elle, l’école doit d’abord être un lieu sécuritaire.

Dans sa classe de 5e année, ça se traduit par une grande attention au mieux-être et au développement du sens de la débrouillardise des enfants. Que ce soit le théâtre, l’improvisation, les débats, les projets d’équipe, les microentreprises ou la présence des cochons d’Inde, chaque activité vise à développer des compétences essentielles comme la communication, la pensée critique, le travail d’équipe et l’autonomie.

« Il n’y a pas de discipline à faire quand les élèves sont engagés. Ils développent leur autonomie, et ça, c’est essentiel », dit Mme Valérie.

Debra et Darla jouent un rôle important dans l’atmosphère d’apprentissage. Les élèves sont responsables de les nourrir, de nettoyer leur cage et de veiller à leur mieux-être. Ces tâches deviennent des occasions d’apprentissage pour développer l’empathie, un sens de responsabilité et la collaboration. Certains adorent leurs tâches assignées pour la semaine, d’autres, moins, et c’est précisément là que l’apprentissage se fait. Mme Valérie y voit une préparation directe à la vie.

Depuis cinq ans, elle collabore avec le Musée des cultures fondatrices, une ressource majeure de la région, qui met en valeur les cinq premières cultures : autochtones, acadiennes, écossaises, irlandaises et anglaises. Avec l’artiste Michelle Smith de Caraquet, elle a monté un projet de faux vitraux représentant un érable acadien à travers les quatre saisons. Les élèves ont été consultés, ont contribué au projet et y reviennent chaque saison pour y ajouter des éléments de façon éducative. L’apprentissage sort de la classe et prend racine dans l’identité et l’histoire locales.

Comme figure centrale de sa communauté éducative, Mme Valérie agit comme guide, modèle et bâtisseuse de ponts. Reconnue pour sa grande générosité professionnelle, elle partage ses pratiques et ses idées avec ses collègues, toujours avec humilité. Elle ne se limite jamais aux programmes scolaires. Elle les fait vivre, les enrichit et les actualise, notamment par la valorisation constante de la langue française.

Pour elle, la réussite ne se mesure pas uniquement en notes. « Le succès, ce n’est pas juste académique. C’est quand tu vois l’étincelle dans les yeux de l’enfant et qu’il repart avec plus d’outils dans son baluchon. » Elle pousse ses élèves à se mettre en mode solution. « C’est quoi le problème, et maintenant, on se met en mode solution. Plan A, plan B, plan C. ».

Pour les nouvelles enseignantes et les nouveaux enseignants, son conseil est simple : soyez authentiques. Les jeunes ressentent tout. Elle leur rappelle aussi à quel point la collaboration entre collègues est essentielle. C’est en échangeant, en s’inspirant les uns des autres et en travaillant en équipe qu’elle s’est elle-même sentie motivée et portée à se dépasser.

Son rêve est simple, mais puissant. « Mon rêve, c’est que tous les matins, ton enfant ait hâte de venir à l’école. » Tant que cette flamme est bien présente, Mme Valérie continue, convaincue que chaque élève possède un potentiel immense, à condition qu’on lui offre un espace pour le découvrir et le faire grandir.